- Premières données : étude de commentaires sur twitter. Le but est de comprendre quels profils et quels types d’interactions se dégagent : 1) de la vidéo de BFMTV, 2) du tweet de Judith Waintraub et 3) des interactions twitter lors de l’émission de télévision LCI “Ca Donne le Ton” du 14/09/2020/. Nous nous sommes concentré sur les commentaires, car plus faciles à appréhender et analyser. L’hypothèse étant aussi que ceux-ci ont un “engagement” plus à même à être mesuré.
- Deuxièmes données : la présentation de l’émission. Il est analysé : les parcours des intervenant·e·s, les argumentaires en présence pour soutenir ou non le geste de Judith Waintraub, les temps de parole de chaque intervenant. Tout ceci participant à concrétiser un dispositif éditorial, selon nous compatible avec l’impossible contradiction avec Judith Waintraub et appuyant ses positions dans l’espace médiatique.
Concernant les données twitter, il en était ressorti les éléments suivante :
- Tweet de BFMTV avec la vidéo d’Imane Boun à l’origine du tweet de Judith Waintraub : sur plus de 100 tweets, la majorité démontrent d’un soutien à Imane Boun et son initiative à 30,4 %. 16,2% des commentaires dénoncent les commentaires racistes à l’encontre de la jeune femme. Ces commentaires haineux s’exprimant à plus de 15 % sur les 100 tweets étudiés. 9 % des commentaires correspondent à des critiques, ou à un appel à boycotter la chaîne BFMTV.
- Tweet de Judith Waintraub “11 septembre.” (retweet de la vidéo BFM) : Sur 130 commentaires, les contenus sont pour “grande majorité” (impossible à réellement quantifier avec les réponses et échanges sous des commentaires), des contenus haineux. Ces contenus vont aussi de pair avec des profils “anonymes”, et selon nous plus propices à une parole haineuse (par “haineux”, nous entendons à caractère racistes et islamophobes). Les termes “voile”, “islam” et “religion” des commentaires entrainent, en complément du tweet de Judit Waintraub, des commentaires où nous devinons que l’association du voile et de terme “11 septembre” de la journaliste entraîne des échanges sur les thèmes de la politique (“extrême droite”, “république”, “constitution”, … ) , du conflit (“honte”,”scandale”, “pute” dans son acception d’insulte, …) et bien sur du voile et des idées que les internautes y rattachent (“voile”, “musulmans”, “terrorisme”, etc).,
- Tweets sous la vidéo de l’émission de LCI “Ça Donne le Ton” (émission diffusée à 8h30) : Deux tweets sont affichés sur le profil twitter de LCI: l’un à 7h48 avec 15 commentaires et l’autre à 8h05 avec une vidéo de Marie-Aline Meliyi (présentatrice de l’émission) introduisant le sujet. Ce tweet contient 27 commentaires. Les internautes sont à 80 % en désaccord total avec la journaliste Judith Waintraub, jugeant son tweet islamophobe, et raciste. Une interrogation revient aussi régulièrement dans les tweets étudiés : “où est Imane” , “Et sinon l’étudiante cataloguée raciste (…) aurait-elle son mot à dire?????” De tels échanges durant l’émission nous ont ainsi permis de constater un “retour” d’un soutien à Imane Boun, exprimé également majoritairement sur la première vidéo de BFMTV, la séquence initiale.
Concernant l’émission de LCI, “Ça Donne le Ton” et l’étude du dispositif télévisuel :
- Sur les 6 personnes intervenantes, toutes sont éditorialistes (cadre spécifique dans la profession journalistique qui permet à un·e journaliste d’exprimer un point de vue personnel, au nom de sa rédaction). Ici, tous les points de vue sont personnels.
- Si les positions personnelles politiques ne sont pas clairement affichées (obédience “droite” / “gauche” / “centre” / “extrêmes”), les parcours personnels interrogent. Arnaud Stéphan est par exemple ancien conseiller politique de Marion Maréchal Le Pen (extrême droite). Pour les autres personnes présentes, Nicolas Domenach est éditorialiste pour le magazine économique Challenges. Claude Veil est, lui, éditorialiste, écrivain, et ancien directeur de la publication du Nouvel Obs (actuel “L’Obs”). Viginnie Legay est chef adjointe du service politique de Paris Match, et Daniel Cohn Bendit, (plusieurs fois surnommé “Dany” durant l’émission) est un ancien euro-député écologiste (parti EELV).
- Les temps de paroles sont en moyenne de 2 minutes pour l’ensemble des internvenant·e·s. Judith Waintraub prend la parole plus de 9 fois (contre 2 ou 3 pour les autres), avant un temps de parole de plus de 5 minutes.
- La question posée par la présentatrice concerne uniquement les menaces de mort reçues par J.Waintraub, mais ne mentionne à aucun moment la vidéo d’Imane Boun et son contenu.
- Arnaud Stéphan évoque dans un lapsus confondre la chaîne “AJ +” (Al-Jazeera TV) et l’organisaiton terroriste Al-Quaida.
- L’argumentaire de Judith Waintraub sur son geste est le suivant : celui-ci est la pour “rappeler” que le fondamentalisme islamique est une manière de ne pas donner leur place aux femmes dans la société par le voile, mais aussi que besoin de le rappeler en précisant que le fondamentalisme est aux origines des actes du 11 septembre (attenta du World Trade Center de New-York). Son argumentaire reste “flou” aux yeux de Daniel Cohn Bendit, qui sera le seul à évoquer le geste son tweet en le qualifiant “d’aussi idiot que le sont les tweets de Donald Trump” et en s’énervant à l’antenne. Le reste de l’assistance reste dans une analyse partielle des choses selon nous. Virginie Legay affirmant par exemple de discuter “en ami” avec Judith Waintraub, mais aussi que Claude Weil ne donne ainsi qu’une opinion personnelle sur l’utilisation de twitter. Il assure que la plateforme doit « bannir les comptes anonymes” et que “le problème vient de là”.
- Toute la séquence dure approximativement vingt minutes, ce qui interroge aussi d’une possible discussion tangible et analytique dans ce cadre (aucune intervention de personnes autres que les éditorialistes, et discussion sans réel fil conducteur).
Bibliographie :
- HABERMAS Jürgen [1961] L’espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la sphère bourgeoise, Payot, 1978 (extraits).
- Flichy Patrice, Internet et débat démocratique, Réseaux, numéro 150, Lavosier, 2008, pp 159 à 185.
- FRASER Nancy [2001] « Repenser la sphère publique : une contribution à la critique de la démocratie telle qu’elle existe réellement » Hermès 21,2001 p.125-154.
- Check News, Silence de la gauche, soutient de la droute, les réaction après l’affaire du tweet de Judith Waintraub, Libération, article paru en ligne le 15/09/20 via : https://www.liberation.fr/checknews/2020/09/15/silence-de-la-gauche-soutien-de-la-droite-les-reactions-apres-l-affaire-du-tweet-de-judith-waintraub_1799453
- Gontier Samuel, « Gilet jaunes ou étudiante voilée : tous des terroristes », Télérama, article paru en ligne le 06/10/2020, consulté en ligne via : https://www.telerama.fr/television/gilets-jaunes-ou-etudiante-voilee-tous-des-terroristes-6697189.php
- Guyonnet Paul; Judith Waintraub du Figaro menacée après un tweet polémique, Le Huffpost, article paru le 13/09/20, disponible en ligne via : https://www.huffingtonpost.fr/entry/judith-waintraub-figaro-tweet-11-septembre_fr_5f5df7f9c5b62874bc1e3416
- Haegel Mymmy, Le cas d’Image est symptomatique de l’Islamophobie institutionnel, Mademoizelle, article paru le 14/09/2020. Consulté en ligne via : https://www.madmoizelle.com/islamophobie-imane-judith-waintraub-1062922
- Perrenot Pauline, Chaînes d’infos : l’extrême droite en croisière, ACRIMED, article paru en ligne le 06/10/2020 via : https://www.acrimed.org/Chaines-d-info-l-extreme-droite-en-croisiere
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Commentaire sur l’émission :
Dans un premier temps, merci pour cet article qui met en lumière de réels enjeux actuels. Le choix du débat lors de cette émission est très pertinent ainsi que son analyse et sa mise en relation avec les théories d’Habermas et Fraser concernant l’espace public. Ce débat ne peut être analysé autrement qu’en termes de situation d’entre soi, caractérisée par l’unique présence d’individus éditorialistes. Cet entre soi journalistique ne peut mener à la réalisation d’un débat que l’on pourrait qualifier d’égalitaire.
Judith Waintraub semble vouloir argumenter le fait qu’elle ne fait qu’ affirmer son opinion et son engagement dans des luttes qui lui tiennent à cœur. Celle-ci est accusée de faire partie des associations d’idées qui ne sont que des amalgames et ne font que soutenir des idées sans argumentaire construit. Son avis serait que le port du voile impliquerait la promotion de celui-ci et donc on peut l’associer aux évènements terroristes qui ont eu lieu le 11 septembre 2001. C’est ce qu’Arnaud Mercier appelle « expressivité de soi ». « Les réseaux socionumériques sont perçus et vécus comme des technologies d’affirmation de soi, permettant de laisser libre cours à l’exposition de son intimité, de ses goûts, de sa personnalité, sans censure, au risque même de l’impudeur. » Sous couvert d’affirmer son opinion la journaliste alimente « depuis les attentats terroristes du 11 septembre perpétrés aux États-Unis par un réseau d’activistes islamistes, un amalgame peut s’effectuer entre l’islam et le terrorisme (…) Ces préjugés s’avèrent le fruit d’une méconnaissance ». In fine, ce principe de liberté d’expression pourrait aller à l’encontre des principes démocratiques. Il n’y a pas de liberté illimitée. La conception de la liberté d’expression est un sujet qui est remis en question régulièrement dans l’actualité. Effectivement les réseaux sociaux et les médias sont des lieux de liberté d’expression et de communication. C’est un droit de liberté fondamentale dans notre démocratie que la déclaration des droits de l’homme affirme dans sa loi sur la presse de 1881. Il est nécessaire d’imposer des limites à ce concept de liberté, afin de prévenir et contrer les abus qui mériteraient d’être sanctionnés. Dans cette situation il faut protéger les personnes qui seraient atteintes à raison de leur appartenance par exemple à une religion dans la situation dans laquelle nous nous trouvons. La liberté d’expression ne peut être un prétexte pour défendre certains propos. Faire un amalgame est un acte que la journaliste commet et est le fruit de cette polémique qui pourtant n’est pas la raison du débat.
Débat qui par ailleurs à une atmosphère bon enfant, où les intervenants se connaissent tous. Les rires et les plaisanteries entre eux montrent que le débat est erroné. Peut-être que si celui-ci avait eu lieu dans une émission différente comme TPMP avec des intervenants non éditorialistes, le débat tournerait autour du véritable problème, c’est à dire l’amalgame que fait Judith Waintraub. Qu’en pensez vous ?
Enfin nous aimerions vous posez une autre question à propos de la fin de l’émission, plus précisément de l’intervention de Claude Veil. Celui-ci proclame que le véritable problème est le fait que les individus sur twitter peuvent être anonymes. Ils utilisent des pseudos et donc ne portent pas la responsabilité de leur propos comme les menaces de mots envers Judith Waintraub. Claude Veil se bat contre le pseudonyme sur internet, qui est pour lui un véritable problème dans la sphère publique des réseaux sociaux. Ne sommes nous pas ici face à la sphère publique capitalistique dont nous parle Sennett ? Une volonté de vouloir rendre transparent tous les espaces publics afin d’avoir un contrôle sur eux ? Faut-il que les réseaux sociaux, qui sont des espaces publics modernes, deviennent des lieux où l’anonymat n’existe plus ?
C’était un article très intéressant à lire, notamment votre analyse des bulles informationnelles de Patrice Flichy. On voit en effet que les tweets viennent de groupes bien distincts et opposés et que ces bulles leur permettent de tweeter en ayant l’approbation de nombreuses personnes derrière. Ainsi, les personnes islamophobes se permettent plus facilement de tweeter sous un tweet qui l’est ouvertement plutôt que sous une vidéo de BFMTV à la vue de tous-tes et inversement. Le débat est ainsi difficilement présent puisqu’il n’y a aucune discussion qui s’opère mais bien un campement des “positions” qui se veulent sans arguments puisqu’elles sont fondées uniquement sur la haine d’une religion.
Votre question finale est intéressante puisqu’on peut voir que les inégalités se reproduisent inlassablement dans les espaces publics numériques puisqu’une simple émission sur la cuisine a mené à une immense vague de haine islamophobe et mysogine. Même si la parole semblait plus diversifiée, notamment via les soutiens à Imane Boun (et à sa forte augmentation de followers suite à cette émission), elle a été contrainte de désactiver son compte twitter, tandis que Judith Waintraub a au contraire eu le soutien de personnages politiques et plutôt influents tel que Manuel Valls. Ainsi, le web, même s’il reste un espace supposé accessible à tous-tes, montre tout de même des failles pour être un espace démocratique, justement par ces « individualismes connectés” et par une prise de parole qui, selon le nombre de followers, et selon si l’on est une personnalité publique ou non permet une visibilité plus grande et donc un écrasement des autres opinions.
Le fait qu’Imane Boun ait désactivé son compte twitter et que, à l’inverse Judith Waintraub a vu son nombre de followers augmenté, peut au premier abord affirmer une certaine tendance « dans l’opinion public ». Comme vous le soulignez, il s’agit d’une « arène asymétrique et retranchée », impliquant des réactions et contre-réactions diverses des participant-es. Les tweets et messages privés haineux qu’elle a reçu sont nombreux, mais moins que ceux qui la soutenaient. Outre l’impact psychologique souvent plus fort de propos ultra-négatifs, ces réactions sont plus « directes » et la plupart lui étaient adressées en privée, ce qui n’est pas systématiquement le cas des commentaires positifs, qui restent sur la Time Line, et se font sans mentionner le compte de la personne concernée. Le harcèlement qu’a subi Imane Boun est caractéristique des méthodes d’actions de l’extrême droite ou plus généralement, des « trolls ». Les attaques ad-hominem et les menaces peuvent être malheureusement très efficaces même quand leur nombre est proportionnellement moins élevé que les propos de soutiens. Cela conduit à plusieurs constats : les groupes socio-politiques ont des choix d’actions différents et de ce fait, le débat ne sera jamais « équitable » puisqu’aucune base de discussion n’est possible. Il y a alors une illusion de disproportion dans les opinions qui surgissent puisque les attaques et propos haineux produisent, en public, beaucoup de réactions et en privé, des réactions immédiates, dont celle du retrait, et c’est la solution qu’a choisi Imane Boun pour se préserver. Sans l’analyse des chiffres, il est alors simple de conclure qu’une grande partie des internautes étaient en accord avec les tweets de Judith Waintraub et/ou, partageaient des idées islamophobes.
RÉPONSE COMMENTAIRE TV :
Bonjour,
Nous vous remercions de l’intérêt porté à notre travail, ainsi que de vos retours sur cette partie.
Comme vous le soulevez si justement, l’intention d’entre soi n’explique en effet qu’une part du procédé télévisuel lié à twitter. Il nous paraissait important de revenir sur ce cadre que propose ce dispositif télévisuel. Nous commencerons avec votre première interpellation (celle concernant le changement de public, par exemple s’il avait été question de TPMP).
Concernant cette affirmation, nul·le n’est devin, et ne peut prévoir quels arguments auraient été mis en avant dans le cadre d’un autre programme de télévision. Le fait est aussi que le ton de l’émission était donné dès le départ par la présentatrice de l’émission, Marie-Aline Meliyi. Un rappel des faits précise le contexte (que nous avons présenté dans le cadre de cet article auquel nous vous renvoyons) ne s’attardant quasiment pas sur Imane Boun. Le principal du contenu porte plutôt sur les propos des ministres Nadia Hai et Gérald Darmanin, et les menaces de mort à l’encontre de Judith Waintraub.
La question suivante est également donnée en guise d’ouverture par la présentatrice : “Est-ce que, dans le cas précis, si une personne est menacée de mort, est-ce que le “oui mais” est acceptable de la part d’un ministre ?“. Cette question, relativement vague, laisse à libre interprétation le sens voulu aux personnes autour de la table. La question ne renvoie de plus qu’à la parole des ministres et personnalités politiques, et non ce qui peut concerner Imane Boun. Elle aurait très bien pu être posée dans un autre contexte, un autre plateau, une autre émission, etc. C’est une grille de lecture qui est donnée ici à voir dès le début.
Concentrons nous ensuite sur votre deuxième interpellation. Celle concernant les théories de Sennett et de leur application à la notion d’anonymat ou non sur les réseaux sociaux. Nous tenons à préciser qu’elle s’ancre particulièrement bien dans les notions abordées au cours de ce semestre, au point qu’elle aurait pu faire en soi l’objet d’un article, ou même d’une dissertation. Nous tenterons donc de vous répondre dans le peu d’espace que nous permet le cadre d’un commentaire.
Si Sennett conçoit bel et bien la notion d’un espace public, il nous paraît, selon le cas et la question énoncée, que c’est toute l’approche liée à l’intime sur laquelle nous devons revenir. Si l’on reprend les termes de Richard Sennett : “les être humains ont besoin de se retrouver protégés des autres pour être sociables” (1974). Même s’il n’évoque pas ici à proprement parler les réseaux sociaux, il dégage toutefois une notion intéressante quant à la manière dont ceux-ci peuvent se concevoir. Sennett évoquant ainsi une “société intimiste”, laquelle se forge premièrement par la place d’un « narcissisme », ainsi que d’une manifestation des sentiments. Cette même société intervenant donc en interaction avec une part de “public”. Or, c’est tout ce que nous avons pu observer dans les échanges en ligne par exemple. Concernant certains profils anonymisés, il s’opère une possible “survalorisation de l’intimité” (Sennett). Mais ce n’est pas pour autant que la notion d’identité en serait absente. Même si un compte sollicite un avatar.
Nous vous renvoyons ainsi à cette définition de Fanny Georges, pour qui un outil en ligne reste le fruit d’une construction technique. Elle dépend donc de la manière dont ces plateformes régulent les échanges, et du fait de nous forger cette même identité en ligne. Celle-ci prenant trois formes distinctes. Elle est premièrement “déclarative” (ce que nous même décidons de dire de nous même). Elle est ensuite “agissante” (par ce que révèle la plateforme en ligne), et, pour finir, elle est “calculée”. C’est à dire ici totalement régie par les processus de fonctionnement de cette même plateforme. Selon Fanny Georges, l’identité partira à chaque fois de cette même conception.
Après lecture de ces idées, et application à ce que prétend vouloir Claude Veil, les espaces sociaux ne peuvent être en aucun cas “anonymes”. Car, si l’on applique ici la théorie de Fanny Goerges, il s’opère au mieux ce qu’elle nomme une décentration de soi, mais en aucun cas une suppression de l’identité.
En revanche, de là à entreprendre la manière dont ces mêmes identités peuvent éventuellement se réguler, il nous est impossible de réellement y répondre autrement.
Bien à vous,
L’équipe en charge de la rédaction de cet article.
RÉPONSE COMMENTAIRE « TWITTER » :
Bonjour,
Tout d’abord, merci encore pour l’intérêt porté à notre travail , et pour vos retours avec ce deuxième commentaire.
Il ne faut pas oublier que sur Twitter, et encore plus à travers les données que nous avons soulevées, il existe davantage de monologues que de vrais “échanges”. Il est donc difficile de voir les tweets comme de vraies interactions. Twitter n’est ainsi pas vraiment une plateforme où le débat, avec des arguments pour convaincre l’autre, sera possible. Il s’agirait davantage d’un espace pour que l’utilisateur puisse décrire ses interprétations et ses pensées sur la réalité qu’il entrevoit, les faits. Twitter est un espace public où chacun donne son avis, mais n’«écoute» pas vraiment l’autre. On peut donc dire que Twitter est pour ses utilisateurs, un espace pour exprimer sa propre approbation (avec un thème ou un symbole religieux et social dans le cas d’Imane Boun).
D’autre part, pour poursuivre sur le thème de la religion dans le cas étudié, il faut reprendre l’importance accordée à la question de la laïcité. La laïcité est très débattue et diverses positions ont été défendues dans le cas étudié.
Il existe plusieurs manières de définir la laïcité qui est une notion très discutée. Ici, nous l’envisageons comme une séparation nette de l’Etat et de la religion. Ceci n’empêche pas la pratique de la foi, mais la cantonne plutôt de manière publique, en la renvoyant à la sphère privée (car tout simplement non incluse selon l’État à nos échanges, ou à ce qu’Hannah Arendt qualifie de “public” car “vu et partagé de tous”).
En d’autres termes, l’individu a le droit de croire, mais ne doit pas le mêler à sa position sociale (dans le sens du lien à autrui). Appliqué ici, le voile d’Imane Boun, est bien un signe de conviction religieuse, selon l’argumentaire soutenu par Judith Waintraub. Imane Boun avait imposé son «espace privé» à l’espace «public» (Twitter) ou «libre accès» en affirmant sa foi (en portant le voile) dans un espace censé appartenir à tout le monde, et pas seulement aux musulmans.
La limite de notre étude a été justement de ne pas pouvoir prendre en compte ces paramètres. Il a été impossible de voir à quel moment la notion du port du voile entre dans le débat et est discuté de manière cohérente. Nous avons décider de ne pas entrer dans ce débat sur le port du voile en France car le sujet nous paraissait déjà trop traité et cela aurait risqué de nous éparpiller.
La polémique qui se forme vient du tweet du «11 septembre» réalisé par la journaliste Judith Waintraub qui se confond avec la notion de racisme et non l’honnêteté d’Imane de s’exprimer dans une vidéo de prescription publique avec un voile, montrant un signe identifiable de votre religion.
Comme nous l’avons énoncé précédemment, en tentant de comprendre cette polémique, le voile s’identifie comme relevant de “l’espace privé”. Cette notion s’insère dans “un espace public” (twitter), selon Judith Waintraub. Ainsi, par “11 Septembre” elle tenterait de dénoncer la présence d’un élément considéré comme religieux, dans un contenu à destination de l’espace public. D’après l’analyse des commentaires, il apparaît que la question du racisme est venue se greffer au thème du voile.
Comme vous le soulevez, sur le Web, il subsiste des failles pour les controverses. Elles se forment dans les espaces numériques, que l’on pensait être un espace “démocratique”. Mais, en raison des inégalités d’accès à l’espace public (vécues dans le cas de Judith Waintraub et Imane Boun), la démocratie n’a toujours été en faveur que d’un “entre deux”.
Pour conclure, nous entendons la réalité difficile à entreprendre une analyse complète des éléments tels que les commentaires twitter. Néanmoins, nous vous renvoyons à notre point de méthodologie initié pour entreprendre ces échanges en ligne. Une centaine de commentaires twitter ne relèvent, il est vrai, qu’une certaine part des échanges en ligne. En revanche, nous appuyons le fait qu’une étude « à grande échelle » ne nous était possible dans le temps et avec les moyens dont nous disposions. Il serait maintenant en effet intéressant de revenir sur le travail évoqué avec des données plus poussées, et ce pour répondre au mieux à votre interpellation.